Revue de presse | Édouard Julien à la table des grands

Crédit : Butch Dill, AP
Crédit : Butch Dill, AP

Frank Thomas, Josh Donaldson, Bo Jackson... et Édouard Julien. Inutile de chercher l’erreur, il n’y en a pas. À 19 ans, le natif de Québec ajoute quelques lignes à la riche histoire du programme de baseball de l’Université Auburn, en Alabama.
 

«Nous avons été les premiers à montrer qu’on l’aimait beaucoup en le repêchant, mais s’il continue à frapper comme ça, les 30 équipes du baseball majeur vont courir après lui en 2020!»

Dépisteur de longue date avec les Phillies de Philadelphie, Alex Agostino était déjà en admiration avec le coup de bâton d’Édouard Julien. Mais les prouesses offensives du joueur de Québec avec l’équipe de baseball de l’Université Auburn dépassent les prévisions les plus optimistes.

Avant la finale super régionale de cette fin de semaine, qui donne accès au tournoi à la ronde des séries mondiales collégiales, le produit du programme sport-études des Canonniers de Québec montrait une moyenne de ,284 au bâton, pointait au deuxième rang pour les circuits (17) et au sommet pour les points produits (68) parmi les recrues de la première division.

Aucun joueur de première année n’avait frappé plus de 11 circuits à Auburn depuis 20 ans. Il a déjà éclipsé les chiffres de Josh Donaldson, maintenant troisième-but chez les Blue Jays de Toronto, à sa première année avec les Tigers d’Auburn, en 2005. Et il ne lui manquait qu’un point produit pour battre le record d’équipe de 68 par une recrue qu’il partage depuis peu avec Frank Thomas, l’ex-frappeur de puissance des White Sox de Chicago.

Pas étonnant qu’il ait trouvé refuge au sein de l’équipe d’étoiles des recrues de la NCAA (All America) dévoilée mercredi. Il avait aussi été choisi dans celle de la conférence Sud-Est, voilà 15 jours.

«C’est flatteur de battre les records, mais je ne pense pas vraiment à cela parce que ça ne veut rien dire. Les deux années suivantes de Donaldson étaient vraiment impressionnantes», dit Julien avec humilité et respect envers deux des meilleurs joueurs à avoir foulé le même losange que lui avant de se démarquer dans les ligues majeures.

Débarqué en Alabama dans la discrétion et la curiosité, Julien a réussi à faire sa place dans une équipe qui vient de livrer le tout premier choix au repêchage du baseball majeur, soit le lanceur Casey Mize, par les Tigers de Detroit.

«Personne n’avait entendu parler de moi à Auburn avant mon arrivée, c’est pour cela que je devais me faire un nom. Et j’ai réussi. Je suis un peu surpris d’avoir produit comme je l’ai fait, je ne pensais pas du tout frapper autant de circuits, moi qui ai toujours été un frappeur d’allées. Je suis plus mature, plus fort physiquement, ça aide, mais je comprends aussi bien mon élan, je sais ce que je fais que je me présente au bâton.

«Il faut s’adapter, car ici, tous les matchs sont télévisés [ESPN] et les lanceurs adverses nous connaissent bien. S’il y a une statistique qui me dérange, par contre, c’est le nombre de retraits au bâton, je veux améliorer cela», confiait-il lors d’une récente entrevue avec Le Soleil.

Le «Canadian Crusher»

Aujourd’hui, non seulement reconnaît-on Julien, mais sa popularité ne cesse d’augmenter. Sa visibilité dépasse celle de la région de Québec. À Auburn, on l’appelle «Eddie», ou encore, le «Canadian Crusher», traduit librement par l’Écraseur canadien…

Repêché en 37e ronde par les Phillies, en juin 2017, Julien a résisté à l’idée d’entreprendre sa carrière professionnelle. Pour l’attirer dans leurs filiales, les patrons d’Agostino auraient dû mettre le paquet.

«On a discuté de chiffres à la dernière semaine, ça m’a fait réfléchir, mais les études étaient vraiment ma priorité. Le baseball ne durera pas toute la vie, et ce ne sont pas tous les joueurs qui percent ou qui signent de gros bonus. Après le baseball, il me restera encore les trois quarts de ma vie à travailler», admet sagement celui qui étudie en administration des affaires.

Agostino savait bien qu’il ne pourrait pas le convaincre de laisser filer l’occasion de se joindre à cette université. «Une fois qu’il est allé faire des cours d’été à Auburn, il était vendu à l’idée de jouer dans la NCAA. Et je pense qu’il a fait le bon choix. Quand tu as une offre d’Auburn en poche, tu as une valeur qui dépasse les 250 000 $ en plus du bonus», reconnaît le dépisteur à propos de celui qui est déjà sous le radar de ses collègues, nombreux à sillonner la conférence Sud-Est.

Un bel exemple

Avant de s’épanouir en Alabama, Julien a grimpé tous les échelons du baseball québécois et canadien. Il a fréquenté le sport-études de l’école Cardinal-Roy, à deux pas du Stade Canac, joué midget AAA et au sein de l’équipe du Québec, s’est aligné avec l’Académie de baseball du Canada, et fait l’équipe canadienne junior pendant deux ans. Il a aussi brièvement porté les couleurs des Diamants (LBJEQ) à travers tout cela.

«Je ne serais jamais venu ici si ça n’avait pas été du sport-études, de Jean-Philippe Roy et des autres entraîneurs», dit-il, reconnaissant.

«Édouard est un exemple parfait pour tous les jeunes joueurs du Québec. Il a franchi les étapes une à la fois. Sa grande force est d’avoir une confiance inébranlable en lui, il a toujours été dominant, peu importe le niveau», soutient Roy, responsable du sport-études et entraîneur adjoint des Capitales de Québec

«On ne peut pas être surpris par ses succès, mais personne ne pouvait prévoir une telle production parce qu’il n’avait pas de promesse d’utilisation. Ce qu’il fait, c’est gros, et battre les records, ça ajoute au prestige de la chose, même si on ne peut pas encore faire des comparaisons. On va entendre parler de lui longtemps, je suis certain qu’il va jouer pro.»

Il s’agit aussi de l’objectif de Julien, mais chaque chose en son temps. La présence de joueurs de statut senior (dernière année) dans l’alignement l’empêchait d’avoir un poste régulier en défensive à sa première saison. Il a cependant explosé au bâton, occupant en permanence le rôle de frappeur de choix au quatrième rang de l’alignement après avoir entrepris la campagne au neuvième.

«Le plus difficile s’en vient pour moi, soit de m’améliorer malgré ma bonne saison. Mais je sens qu’il y a encore de la place pour progresser, je peux faire encore mieux. Il me reste à améliorer mon jeu défensif. Je veux avoir un poste, comme deuxième-but ou voltigeur. J’ai quand même profité de ma première année pour m’établir au bâton, et l’an prochain, je vais poursuivre cela tout en ayant une position en défensive», note celui dont l’élan et la vitesse — il court les 60 verges en 6,5 secondes, ce qui est très très rapide au baseball — le distinguent déjà.

«Au repêchage de 2020, personne ne se souviendra qu’il était frappeur de choix à sa première année, il lui reste deux ans pour peaufiner sa défensive...» illustre Roy, pour montrer que l’intérêt envers Julien n’en sera que plus grand.

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LE COUP DE FOUDRE

Dans une discussion à bâtons rompus avec le gérant de l’équipe canadienne l’an passé, Édouard Julien lui a dit qu’il rêvait de jouer dans une université de la conférence Sud-Est des États-Unis. Ça tombait bien, puisque Greg Hamilton avait de bons contacts à Auburn.

De fil en aiguille, Julien et ses parents ont discuté avec l’entraîneur-­chef Butch Thompson, l’ont rencontré et visité l’université. Coup de foudre!

«J’ai été impressionné par les installations, le campus, la qualité des entraîneurs. Auburn n’était pas la plus forte équipe, mais je pouvais m’y faire une place, et je voulais jouer dans la meilleure conférence de la NCAA», explique Julien à propos de se joindre au club dirigé par Thompson, qui n’a jamais été aussi content d’avoir pris des cours de français dans sa jeunesse…

Dans les finales régionales, en fin de semaine dernière, la conférence Southeastern (SEC) était représentée par neuf équipes et la seconde conférence qui en comptait le plus en avait trois. Lundi, cinq joueurs de la SEC ont été réclamés en première ronde du repêchage du baseball majeur.

«Je n’ai jamais vu un lanceur aussi dominant que Casey Mize», disait Julien à propos du tout premier choix. «Il maîtrise cinq lancers dans la zone des prises. Il montre l’exemple, utilise les installations mises à sa disposition. Je suis content de l’avoir eu comme coéquipier, c’est plus plaisant que d’avoir à l’affronter...»

Une longue liste

Mize s’ajoute à une brochette impressionnante de joueurs ayant fréquenté l’Université Auburn. La liste une soixantaine de baseballeurs professionnels. Parmi les plus célèbres : Frank Thomas, Josh Donaldson, Tim Hudson, Gregg Olson, Terry Leach, David Ross, Mark Bellhorn et… Bo Jackson.

«J’ai découvert l’histoire d’Auburn en arrivant sur place. C’est le fun de voir tous ceux qui sont passés par ici. Cette année, nous avons eu droit à une conférence de Josh Donaldson. Plusieurs anciens viennent aussi s’entraîner ici avant le camp d’entraînement des majeures», dit le nouveau membre de la fraternité de l’Aigle de guerre, emblème des Tigers.

D’autres personnalités ont aussi fréquenté cette université, comme Charles Barkley (basketball), Cam Newton (football), Tim Cook (pdg d’Apple) et Lionel Ritchie (chanteur).

«Je n’étais jamais allé en Alabama. Ce n’est pas le coin le plus touristique des États-Unis, mais c’est une région qui vibre pour le sport collégial. Il y a 50 000 étudiants à Auburn. À nos matchs, il y a toujours de 4000 à 5000 spectateurs, et au football, ils jouent devant 90 000 personnes. On n’en rate pas un, c’est vraiment impressionnant.»

Julien ne regrette aucunement d’avoir pris cette voie au lieu de celle des ligues mineures. «Il aurait fallu que le bonus soit vraiment élevé pour que j’y aille. Si j’avais à reprendre ma décision, ce serait la même et je ne me pose pas la question sur ce qui serait arrivé si j’étais allé dans le pro tout de suite. On verra en 2020, mais j’espère être repêché à nouveau, mais dans les premières rondes.»

Chose certaine, son nom est dorénavant sur toutes les lèvres. Il a réussi le coup sûr victorieux en 11e manche dans un match du tournoi de fin de saison de la SEC et frappé un grand chelem, deux jours plus tard, méritant sa place dans l’équipe d’étoiles de la compétition.

Et la semaine dernière, il a ajouté à sa feuille de route en frappant deux autres circuits dans les finales régionales, aidant les Tigers d’Auburn à atteindre la ronde des supers régionaux pour la première fois en 19 ans.

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DANS LA LIGUE CAPE COD

Au terme de sa première saison à l’Université Auburn, Édouard Julien évoluera dans la Ligue Cape Cod, un circuit d’été de la Nouvelle-Angleterre où se retrouvent les meilleurs joueurs collégiaux des États-Unis. Julien y a été placé par son entraîneur-chef et portera les couleurs des Commodores de Falmouth, en compagnie de deux coéquipiers des Tigers d’Auburn. Le dernier joueur de Québec à avoir joué dans cette ligue qui favorise l’utilisation de bâtons de bois est le receveur Olivier Lépine, justement cofondateur des bâtons B45.

«Si on performe dans la Ligue Cape Cod, ça peut ouvrir des portes. Plusieurs dépisteurs suivent les activités. Je vais aussi revenir disputer quelques matchs avec les Diamants», notait celui qui a disputé une demi-saison avec le club de baseball junior élite, l’été dernier. Julien n’aura pas de misère à s’adapter avec les bâtons de bois, qui sont utilisés dans la LBJEQ.

Article initialement paru le 9 juin 2018
Revue de presse publiée par Jasmin Leroux, relationniste

Source: Carl Tardif, le Soleil