LBJEQ : la ligue qui gagne à être connue

Crédit : Christian L.-Dufresne

Il y a eu Éric Gagné, Russell Martin et Pierre-Luc Laforest. Il y aura peut-être Abraham Toro. Ils sont tous passés par la Ligue de baseball junior élite du Québec (LBJEQ). Bon nombre des joueurs qui sont repêchés par des équipes du baseball majeur évoluent aussi dans ce circuit qui regroupe les meilleurs joueurs âgés de 18 à 22 ans.

Marc-André Ronda connaît très bien la LBJEQ. Il a vécu son stage junior avec le Royal de Repentigny, où il a évolué durant cinq saisons. Entraîneur dans l’âme, il entame une quatrième saison à la barre des Orioles de Montréal. Il a fait ses classes au sein de la même organisation dans la catégorie midget AAA, après avoir accroché ses crampons au Parc Champigny de Repentigny. Le baseball n’est pas suffisant, puisqu’il dirige aussi les Gaulois du Collège Antoine-Girouard, dans la Ligue de hockey midget AAA. Un entraîneur de carrière, dites-vous?

S’il reconnaît que la LBJEQ ne jouira jamais du même rayonnement médiatique que la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), Ronda voit tout de même un intérêt grandissant sur les activités du circuit junior élite.

« Il ne faut pas oublier que le hockey est notre sport national. La LHJMQ a des moyens que la LBJEQ n’a pas, mais je remarque une différence depuis le temps où j’étais joueur dans cette ligue. On entend davantage parler des joueurs qui sont repêchés dans le baseball majeur. À Montréal, lorsque nous avons une bonne équipe, les gens se déplacent pour venir nous voir jouer. On voit les mêmes visages qui suivent l’équipe. La Ligue gagnerait beaucoup à être webdiffusée pour augmenter la visibilité  », remarque l’entraîneur de 29 ans.

Trois Orioles repêchés

L’entraîneur des Orioles a eu l’occasion de diriger certains des meilleurs talents québécois au cours des dernières années. Jonathan Lacroix, Abraham Toro et Louis-Philippe Pelletier ont tous été repêchés par les Astros de Houston. Les trois ont évolué au Stade Gary-Carter, dans l’uniforme des Orioles de Montréal.

« C’est certain que c’est gratifiant d’avoir pu contribuer au développement de ces joueurs, même s’ils étaient déjà très avancés lorsqu’ils se sont joints à nous. Nous prenons la suite de leur carrière très à cœur. Je regarde constamment où ils en sont dans leur développement », indique Ronda.

L’entraîneur croit aussi que c’est un reflet du calibre qui est en croissance présentement. « Il y a eu un creux de vague dernièrement, où les cohortes des joueurs de 22 ans qui quittaient la ligue étaient moins puissantes qu’auparavant. On voit un changement de direction puisque les joueurs qui se joignent au circuit à 18 ans sont prêts à évoluer à titre de partants à différentes positions ou sur le monticule. On ne voyait pas ça avant. Nous avons encore beaucoup de joueurs qui vont passer l’hiver dans les collèges américains. Ce n’est pas un hasard et le calibre de notre ligue va s’améliorer et nous allons voir une plus petite différence de talent au sein du circuit. »

Le problème des collèges américains

 La forte présence de joueurs québécois dans les collèges américains prouve la qualité du développement dans la Belle province. Il y a toutefois un effet pervers à cette réalité. Plusieurs des meilleurs joueurs du circuit doivent quitter avant le début des séries éliminatoires en raison du début de l’année scolaire aux États-Unis.

On peut comprendre l’hésitation d’un entraîneur d’un programme américain qui assume les frais de scolarité d’un joueur à le laisser poursuivre sa saison et prendre le risque de voir le joueur se blesser à long terme. Cette réalité provoque donc quelques surprises dans les séries éliminatoires de la LBJEQ.

« Je ne te cacherai pas qu’il y a des saisons où nous n’aurions probablement pas perdu en première ronde si nous n’avions pas perdu de joueurs au profit des collèges américains. D’un autre côté, c’est la même chose pour tout le monde. »

Ronda n’est pas prêt à dire que cette réalité nuit à la LBJEQ.

« Au bout du compte, nous sommes entraîneurs pour le meilleur du joueur en question. Nous participons à son développement et lorsque nous voyons un joueur quitter pour le baseball affilié ou réussir dans les collèges américains, nous ne nous morfondons pas en l’attendant dans le vestiaire. Nous sommes plutôt heureux pour lui et on veut le voir réussir. Nous avons tenté de raccourcir le calendrier, mais il y avait des équipes qui étaient éliminées à la fin du mois de juillet. Au bout du compte, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’environ 20% des joueurs qui quittent pour les collèges américains. »

Le hockey ou le baseball

Ronda a l’occasion de diriger au sein de deux programmes élites québécois. Dans ses rêves les plus fous, il dirige les Red Sox de Boston ou le Canadien de Montréal?

« Les Red Sox de Boston », répond-il du tac au tac.

« J’adore les deux sports et j’y retrouve des aspects différents dans chacun, mais l’impact que tu peux avoir au baseball est très stimulant. Lorsque tu décides qu’un joueur tentera un vol de but parce que tu as deviné que le lanceur adverse allait lancer une balle courbe, tu as un aspect immédiat sur la partie. Tu ne retrouves pas une incidence aussi directe lorsque tu es entraîneur au hockey. C’est surtout l’adrénaline lors des instants critiques dans un match que j’aime au hockey », décrit celui qui reconnaît toutefois que les possibilités d’avancement sont plus nombreuses au hockey qu’au baseball. Il vise d’ailleurs un poste d’entraîneur dans la LHJMQ. 

Article initialement paru le 7 mai 2017
Revue de presse publiée par Jasmin Leroux, relationniste

Source: Daniel Richard, RDS.ca