Revue de presse | Chocs sportif... et culturels!

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Crédit : Kevin J.Raftery, photographe LBJÉQ

L’équipe de baseball junior cubaine poursuit sa tournée au Québec, et sera en action à Montréal samedi. Composée des meilleurs joueurs de moins de 18 ans du pays des Caraïbes, l’équipe affronte chacune des 13 formations de la Ligue de baseball junior élite du Québec (LBJEQ). Elle apprend par le fait même à se familiariser avec un environnement très différent du sien.

Mardi soir, au parc Clair-Matin de Saint-Eustache. Alors que les Bisons et les meilleurs joueurs d’âge junior de Cuba sont sur le point d’amorcer leur match, Antoine Desrosiers, secrétaire de route de la tournée cubaine, annonce la mauvaise nouvelle au journaliste de La Presse.

« L’équipe cubaine ne donnera aucune entrevue après le match. On n’est pas habitués à ça ici au Québec et au Canada, la liberté de la presse est assez grande, mais c’est différent pour eux. La situation change de jour en jour, ils sont très généreux certaines fois, mais c’est parfois plus difficile, comme ce soir [mardi] », m’explique Desrosiers, qui est avec l’équipe cubaine 24 heures sur 24.

Adjoint aux communications pour la LBJEQ, Desrosiers s’occupe de tout ce qui touche la logistique et les communications pour l’équipe cubaine. Il a obtenu ce rôle grâce à sa connaissance de l’espagnol, notamment, et il sert d’interprète aux entraîneurs et aux joueurs.

« Je m’assure qu’ils aient tout ce dont ils ont besoin et qu’ils ne manquent de rien. Ils sont arrivés ici avec presque rien, alors ils ont demandé certaines choses, comme du savon, du dentifrice ou des aliments qu’ils aiment », raconte Desrosiers, qui dort au même endroit que l’équipe.

À l’exception d’hier soir (à Québec) et de ce soir (à Saguenay), c’est dans les résidences du collège Ahuntsic que dorment les Cubains. La plupart des rencontres ont lieu dans des villes situées près de Montréal.

« Toutes les équipes nous ont très bien reçus jusqu’à présent. On a visité la mairie de quelques villes et il y a eu des activités. »

— Antoine Desrosiers, secrétaire de route de la tournée cubaine

Selon Desrosiers, c’est d’ailleurs possiblement en raison de ces visites et des autres activités que les demandes d’entrevue ont été refusées, mardi soir.

« Je reçois parfois des demandes d’entrevue pour le lendemain, mais ils ne m’avisent que quelques heures avant le match s’ils acceptent ou non. C’est une culture qui est complètement différente de la nôtre à ce niveau », a dit Desrosiers.

« Ça semble souvent dépendre des performances et du rendement de l’équipe. Plus on avance dans la tournée, plus les marques des matchs se resserrent. Ils sont un peu moins concentrés sur le baseball, et ça les inquiète un peu, je pense. »

Après quelques victoires faciles, les Cubains ont subi une défaite de 4-1 contre les Bisons. Les visages sont longs après le match. La pression de bien jouer est forte.

« N’importe quelle équipe perd des matchs, mais la pression augmente sur eux après chaque défaite. Ils veulent que ça se passe bien et que la fédération cubaine soit satisfaite d’eux. Ils se concentrent uniquement sur le baseball, à Cuba, alors qu’ici, ils ont plusieurs distractions. On veut qu’ils aient du plaisir et qu’ils soient contents, alors il y a plusieurs choses qui se passent en marge des matchs », a noté Desrosiers.

« Ils ont vu un article et une photo d’eux dans un journal il n’y a pas si longtemps et ils avaient du mal à comprendre qu’on puisse parler d’eux de cette façon. À Cuba, ça ne fonctionne pas de cette façon du tout. C’est seulement le président de la fédération et l’entraîneur qui parlent au nom de l’équipe. Il y a une ligne directrice à suivre », a poursuivi Desrosiers.

PRÉCAUTIONS 

Toutes les équipes québécoises qui reçoivent les Cubains fournissent des repas avant et après leur partie. Le choix des repas étonne parfois les jeunes Cubains.

« Je pense que c’était après le match à Coaticook. On leur a servi de la lasagne après la partie et ils étaient très surpris de ça. Ils ne comprenaient pas qu’on puisse manger de la lasagne aussi tard le soir. C’est donc parfois difficile. Mais ils sont tellement contents d’être bien reçus qu’ils chialent quelques secondes, puis ils passent à autre chose », a expliqué Desrosiers.

« Il ne faut pas oublier que ces jeunes ne sont âgés que de 15 à 18 ans. Plusieurs d’entre eux voyagent pour la première fois, et certains ne voyageront peut-être plus jamais à l’extérieur de Cuba. Alors pour eux, c’est tellement important, cette tournée. Ils sont contents d’être ici et ils veulent représenter la fédération cubaine du mieux qu’ils le peuvent. C’est un choc culturel pour tout le monde. Ils ont leurs habitudes et on a les nôtres. »

Desrosiers a également précisé que certaines précautions avaient été prises afin d’éviter une potentielle défection. Ce ne serait pas la première fois qu’un jeune joueur cubain profiterait d’une compétition internationale pour s’enfuir. D’autant plus que plusieurs des joueurs de l’équipe nationale pourraient évoluer dans les Ligues majeures dans quelques années.

« Baseball Québec a embauché un gardien de sécurité pour les surveiller, mais il n’est pas toujours avec nous. Il est surtout là durant les matchs. Les entraîneurs de l’équipe sont toutefois toujours là. Lorsqu’on sort de l’autobus, il y en a toujours un en avant et un à l’arrière. »

DE BONNES FOULES

Mardi soir, il n’y avait plus une place dans les gradins du parc Clair-Matin, et il devait y avoir quelques centaines d’amateurs qui regardaient le match assis sur une chaise pliante aux abords du terrain. La tournée est de toute évidence une réussite.

C’est grâce à un gala organisé en hommage à Tim Raines le printemps dernier que les fonds nécessaires pour la tournée cubaine ont été amassés. Selon les estimations, le coût total pour la série de 15 matchs des jeunes étoiles cubaines sera d’approximativement 80 000 $. Une somme bien investie, autant pour les joueurs cubains et québécois que pour les amateurs de baseball de la province.

PROCHAINS MATCHS DE L’ÉQUIPE CUBAINE DES MOINS DE 18 ANS

Ce soir : Saguenay

15 juillet : Montréal (au stade Gary-Carter du parc Ahuntsic)

16 juillet : Gatineau

19 juillet : Laval

20 juillet : Trois-Rivières

21 et 22 juillet : Montréal (contre l’Académie de baseball du Canada)

Article initialement paru le 13 juillet 2017

Revue de presse publiée par Jasmin Leroux, relationniste